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HOMELIE DU PERE Norbert TURINI

lundi 23 avril 2012, par Pierre

Mes amis,

Pour ne rien vous cacher, j’aurais volontiers oser la rencontre avec Thomas, et même, pourquoi pas, devenir son ami. C’est un apôtre que j’aime beaucoup.

Ce qui me plaît en lui, c’est qu’il dit tout haut ce qu’il pense et il cherche à tout comprendre.
C’est un empêcheur de tourner en rond !
Il pose les questions qui dérangent tout le monde, mais qui, finalement, permettent d’avancer !
Un jour, Jésus avait dit aux Apôtres : « Pour aller où je m’en vais, vous connaissez le chemin ».
Thomas n’a pas pigé, alors il a réagi aussi sec :
« Jésus, nous ne savons même pas où tu vas, comment pouvons nous connaître le chemin ? » .
Cette question nous valut une inoubliable réponse de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité, la vie, nul ne va au Père sans passer par moi ».

Une autre fois, il se présente comme un homme courageux et généreux.
Jésus décide, malgré les menaces de mort qui pèsent sur lui, de se rendre auprès de son ami Lazare qui vient de mourir, eh bien c’est encore Thomas qui monte au créneau et dit aux autres apôtres :
« Allons-y, nous aussi, et mourrons avec lui ».

Oui, Thomas a du cran, il est direct, vif et vrai dans ses questions, ses réactions, ses choix. Thomas dit souvent que les autres pensent mais n’osent pas exprimer.
Vous l’avez compris, Thomas, c’est quelqu’un qui ose.
Ce n’est pas un « faillot » qui fait semblant d’avoir compris, pour bien se faire voir ou pour faire plaisir.

Jésus aurait pu dire de lui, comme il l’avait dit de Nathanaël :
« Voici un homme sans artifice ».

On dirait aujourd’hui que Thomas a un esprit critique. Il ne se contente pas des explications qu’on lui donne mais il veut les vérifier par lui-même en allant à la source.
C’est ce qui se produit dans cet Evangile, que maintenant nous connaissons bien.

Thomas ne se contente pas de ce que les Apôtres lui racontent.
Ca ne lui suffit pas, il lui en faut plus !

En un sens, il vous ressemble beaucoup. Vous êtes à l’âge où

  • vous avez besoin de faire votre propre expérience comme l’on dit,
  • de sentir les choses par vous-mêmes,
  • d’avoir votre propre opinion, même si elle est risquée…
    Et ce n’est jamais facile - surtout quand on est jeune -, de prendre sa vie en main, il y a toujours des risques.
    « Tout est bon, mais tout n’est pas profitable » comme dira plus tard l’Apôtre Paul qui, lui aussi, ne manquait pas de caractère.

Cependant, vous avez le droit de faire votre route, de faire vos choix.
Qui peut vous donner tort de vous interroger comme Thomas et d’oser dire NON comme il le fait ?

Revenons à lui justement. Ses onze compagnons viennent de vivre une rencontre extraordinaire. Jésus qui était mort sur la Croix et que l’on avait mis au tombeau, non seulement se présente à eux vivant, mais il leur communique sa force en répandant sur eux le souffle même de sa vie : Son Esprit.
Il leur redonne vie alors qu’ils étaient morts........de peur.
Il te les bouge pour qu’ils soient prêts à repartir, comme nous à la fin de notre rassemblement :
« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ».
Oui, est vivant celui qui avance, qui se remue, qui s’arrache !
C’est pour cela que l’on reçoit nous aussi, cet Esprit Saint le jour de notre confirmation.

Vous imaginez la joie des Apôtres : celui qu’ils avaient vu mort, le voici à nouveau au milieu d’eux pour ne plus jamais mourir.
Nous le chantions, il y a une semaine, dans la nuit de Pâques :
« Christ est ressuscité ! »

Vous pouvez comprendre cela : parce qu’à l’adolescence, on vit

  • des moments forts qui bouleversent,
  • des rencontres étonnantes qui donnent du sel à l’existence.
    Un rassemblement comme celui-ci, fait oser la rencontre avec ce même Jésus, pour découvrir la vie, notre vie, comme nous ne l’avions jamais imaginée,
    parce qu’Il la fait éclater comme les bourgeons au printemps.
    Un rassemblement comme celui-ci nous fait communier aux mêmes émotions, plus encore : à la même foi.

Mais voilà ! Nous risquons aussi de vivre la même déception que les Apôtres avec Thomas, quand nous en parlerons demain à d’autres camarades qui

  • ne nous écouterons peut-être même pas, et
  • ne pourront donc pas partager notre joie d’aujourd’hui.
    C’est l’attitude de Thomas qui demande une vérification d’identité.
    « Si c’est bien Jésus que vous avez vu, prouvez-le ! »
    Maintenant que nous connaissons un peu mieux Thomas, cela ne nous surprend pas.

Quand Jésus survient à nouveau, il donne la paix à tous comme la première fois et se tourne vers Thomas pour lui offrir la vérification qu’il demande.

Il y a des preuves qui peuvent être

  • contestables,
  • irrecevables,
    parce qu’on peut
  • les truquer,
  • les trafiquer, même
  • les inventer :
  • les « forger », dit-on en anglais !

Par contre
les mains percées par les clous,
le côté transpercé par la lance,
ce sont des preuves que l’on ne peut pas faire disparaître.
C’est ça qu’il veut voir et toucher, Thomas !
Pour lui, ce sont des preuves incontestables, parce qu’il a tout suivi de ses propres yeux :

  • le moment où l’on a cloué Jésus sur la Croix
  • et celui où après sa mort, un soldat lui a transpercé le coeur.

Jésus donne à Thomas ce qu’il lui demande : "des preuves : tu les veux, les voilà, regarde et touche !"

On ne saura jamais si Thomas l’a fait. On aurait aimé savoir, mais

  • Jean - le plus jeune, à peine plus âgé que vous à l’époque-,
  • Jean qui écrit cette rencontre, demeure silencieux là-dessus.
    Il a compris que ce qui se passe à ce moment là, entre Jésus et Thomas, n’appartient qu’à eux.
    Ce que l’on sait, par contre c’est que leur rencontre a été tellement puissante que la demande de preuves se transforme en une profession de foi d’une force inouïe :
    « Mon Seigneur et mon Dieu » s’écrie Thomas, reconnaissant en Jésus la présence de Dieu.

L’acte de croire - Thomas l’a compris -, ne peut nous être imposé par personne, même pas par Dieu parce qu’il nous respecte.
L’acte de croire, c’est

  • une proposition que nous recevons et qui nous laisse libre.

Parce que l’acte de croire est aussi et d’abord

  • un choix personnel,
  • une adhésion ou pas à Jésus-Christ,
  • une histoire d’amour et d’amitié entre lui et nous.

Le témoignage de la foi, nous l’avons reçu des autres, mais comme pour Thomas,

  • cela ne suffit pas tant que nous n’osons pas la rencontre,
  • cela ne suffit pas tant que nous n’en faisons pas l’expérience par nous-mêmes jusqu’à proclamer, comme lui, librement : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
    Alors, oui notre foi rejoint celle des autres, celle de toute l’Eglise et de tous le chrétiens et nous pouvons la proclamer tous ensemble comme nous le ferons dans un instant.

Thomas est encore un témoin direct qui a vu Jésus ressuscité.
Lui qui ne pouvait pas croire sans voir, il annonce déjà la génération des chrétiens qui ne connaîtront pas Jésus directement et qui croiront en Lui sans l’avoir vu.
C’est bien à nous que Jésus pense quand il dira à Thomas :
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
Nous sommes cette génération-là.
Nous ressentons ce que Thomas a pu ressentir et nous portons les mêmes interrogations et les mêmes doutes que Lui !
Et en même temps, Thomas, par sa proximité, nous relie à Jésus dont il portera la Bonne Nouvelle chez les Parthes dans l’Iran d’aujourd’hui et même jusqu’en Inde où sa tombe est vénérée à Madras (Chennai).

Sa foi lui aura fait faire un sacré chemin.
A toi, maintenant de faire le tien avec Jésus et d’oser la rencontre comme Thomas l’a osé.

AMEN

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